L'âme du poète s'est envolée... comme un ange de Cocteau. Il nous laisse une oeuvre impressionnante et variée : près de 1000 chansons, des films, une poignée de romans, des peintures, une vie longue, riche, passionnée et passionnante, qui a épousée le 20ème siècle ... Il nous lègue, surtout, une véritable philosophie du bonheur. Inventeur de la chanson moderne, c'est lui qui a introduit le swing et la poésie. Charles Trenet, c'est le poète de la jeunesse, du bonheur, de la joie de vivre... et pourtant, derrière cette fantaisie pétillante et ce masque de Pierrot illuminé, l'homme avait choisi de dissimuler ses gouffres intimes sous le vernis d'une certaine légèreté. Ainsi, plus qu'aucun autre, le Fou Chantant chanta la mort, la solitude, la tristesse, le chagrin ou l'abandon. « Où serait le prix de la joie si nous ne la perdions jamais », écrivit-il. Louis-Charles-Augustin-Claude Trenet est né à Narbonne, le 18 mai 1913. A l'âge de 15 ans, il part à Berlin rejoindre sa mère et son amant, le scénariste et réalisateur de cinéma Benno Vigny pour six mois. C'est lui qui lui fera découvrir le Jazz et, surtout, celui qui restera son totem vivant: Gershwin. Dix mois durant, il y fréquente une école d'art, y rencontre les célébrités de la capitale allemande, de Fritz Lang à Kurt Weill, écoute Fats Waller. C'est pour lui une période de découvertes tous azimuts, dont il gardera une empreinte définitive. En 1932, dans un club de jazz, il fait la connaissance d'un jeune pianiste, Johnny Hess. C'est ainsi que naît le duo "Charles et Johnny". Ils font leurs premières armes en écrivant des messages publicitaires pour la radio (Radio Cité à Paris). Les duettistes allient chanson française et mélodie moderne. C'est la naissance du style "fleur bleue" qui est assez caractéristique des années 30. Il s'agit en fait de l'adaptation française du style dynamique et jeune des comédies américaines. La mode est aux duos, au swing naissant. Trenet fait alors la connaissance de Mireille, de l'éditeur musical Raoul Breton et de sa femme, dite "la Marquise", qui l'aideront et l'influenceront tout au long de sa carrière. En 36, il rejoint la caserne d'Istres. Très vite, il s'ennuie et pour tuer le temps, il écrit "Y'a d'la joie" que bientôt le célèbre Maurice Chevalier crée sur la scène du Casino de Paris. La guerre ne sera pas une période claire pour le fou chantant qui enregistre "La Marche des jeunes" qui se retrouvera comme en face B d'un "Maréchal, nous voilà!" d'Henry Jossy. Mais elle est créative aussi : Trenet compose "La Mer" en 1943, dans le train qui l'emmène à Perpignan, une chanson qu'il trouve alors trop "solennelle et rococo" et qu'il range au placard, pour ne la sortir qu'en 1946, sur l'insistance de Raoul Breton. Elle sera reprise en anglais par Bobby Darin sous le titre de "Beyond The Sea". Puis c'est la Libération. Trenet, qui raconte qu'il a été blessé par des membres de la Gestapo venus l'interroger dans sa villa de La Varenne, fait sa rentrée en boitant sur la scène de l'ABC. Durant les années 60, il ne se produit plus que très rarement alors que le rock et bientôt la vague yéyé submergent la France. Trenet continue de tourner dans l'Hexagone et à travers le monde. Puis il prend une semi-retraite consacrée à la peinture dans sa propriété de La Varenne. "Sans lui, nous serions tous des experts-comptables", disait Jacques Brel. Dans les années 80 et 90, il restera très présent, continuant d'enregistrer, de composer et de chanter jusqu'à un âge avancé. En 1987, au Printemps de Bourges, Jacques Higelin, qui se réclame du rock et de Charles Trenet, intronise l'idole des années 40. La salle est debout. L'ovation, inattendue. Les envies de retour à la simplicité mélodique et aux textes bien ciselés, qui se concrétise dans la nouvelle vague de chanteurs des années 70 (Souchon, Jonasz, Chédid) font redécouvrir la parenté du grand Charles qui sera repris par Rachid Taha et Carte de Séjour "Douce France", ou par les Ablettes "Nationale 7". Il donne son dernier récital en novembre 1999 avant que des problèmes de santé le forcent à quitter la scène. "Je m'envolerai", disait-il. Charles Trenet s'est éteint paisiblement, dans la nuit de dimanche du 18 au 19 février 2001 , il avait été hospitalisé quelques jours auparavant, après une attaque cérébrale. Mort dans un hopital un peu froid, loin de sa ville natale et sans même l'ombre d'un petit jardin extraordinaire. Mais le fou chantant va continuer à tomber du ciel pour l'éternité... Aujourd'hui, la maison natale du Narbonnais, située au 13 de l'avenue Charles Trenet, est devenu un petit musée. Souvenirs, objets, chansons, la promenade plonge le visiteur à la fois dans la vie familiale de Trenet, évoquant en particulier sa mère longtemps résidente des lieux, et dans son parcours artistique.

Nick Dedina


Renseignements sur Charles Trenet

 
 
 
 

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